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Hommage au Révérend Docteur ANDRIAMANJATO Richard M.

Hommage au Révérend Docteur ANDRIAMANJATO Richard M.

(31 juillet 1930 – 16 mai 2013)

 

Homme politique, il est de toutes les luttes populaires, pour dire « non » aussi bien au régime de la 1ère République qu’à De Gaulle en 1958, témoin du génocide de 1947, il marquera à jamais l’histoire de la Grande île.

Il nous est difficile aujourd’hui d’apprendre sa disparition du champ politico-religieux de Madagasikara car il fut pour nous un témoin-acteur du Mai 72, en apportant sa contribution personnelle à l’histoire du 13 mai 1972, par un témoignage original et poignant, recueilli «  à chaud »[1] et conservé par nos soins, lors de notre passage dans la capitale, le 30.08.2010.

 

Entretien du 30.08.2010 et ambiance d’enregistrement à son bureau de la maison de la paroisse.


Le recueil de son témoignage se déroule dans son bureau – domicile, dans une ambiance tamisée qui instaure d’emblée un climat convivial et chaleureux.

 

Le balcon baigné de soleil et la porte d’entrée bien ouverte laisse passer un large spectre ensoleillé, offrant à la fois chaleur et fraîcheur à la pièce semi-ombragée.

 

L’entretien est enregistré sur un dictaphone.

 

Une photographie du témoin conclue cette entrevue.

 

ANDRIAMANJATO Richard M. ANDRIAMANJATO Richard M.

 

Extrait de son témoignage oral concernant le « 13 mai 1972 » à Antananarivo.

« … on avait organisé, à l’époque, en 1972, un mouvement populaire. Un mouvement populaire qui était appelé à renverser le pouvoir en place. Ce mouvement était surtout animé par les jeunes, c’étaient les jeunes collégiens et lycéens de la ville de Tananarive, qui avaient commencé le mouvement, avec certains étudiants de la faculté de la … l’Ecole de Médecine parce qu’ils n’allaient pas encore à la faculté à l’époque. Et c’est ce mouvement de revendications des jeunes qui a amené une foule considérable qui s’était massée sur la Place du 13 Mai. Il y avait une répression telle que… il y avait quelques… jeunes qui ont été tué à l’époque, par la milice présidentielle. C’était… ce jour là, c’était le 13 mai, justement le 13 mai 1972. C’est de là qu’est venu ce terme de « 13 Mai ». […] Et c’est lorsqu’il y avait quelques morts à cause de la répression du président de l’époque, le président Tsiranana qui était président de Madagascar à cette époque là, qui avait … quand même donc … ordonné de tiré sur la foule ! […] Et en ce qui concerne ce mouvement de jeunes, c’était une revendication de la … décolonisation, parce que le régime à qui on avait donné l’indépendance était taxé d’être un régime néocolonial et que les responsables qui étaient en place ne faisaient que continuer ce qui a été fait pendant la période coloniale. Et même en ce qui concerne, surtout, ce qui avait déclenché le mouvement … concernait le problème de l’éducation et les programmes scolaires de l’époque. En 1972, il y avait un vent qui soufflait et qui venait du mouvement de Mai 68 de France et … vous savez que le mouvement de France en mai 1968, c’était un mouvement des étudiants, en France, qui revendiquaient des réformes de l’éducation. […] …les jeunes de Madagascar, qui revendiquaient de faire la malgachisation de l’enseignement c'est-à-dire de changer complètement le programme en ce qui concerne l’enseignement et de faire passer en avant ce qui concerne plutôt le pays, les Malgaches, mais non pas les intérêts des anciens colonisateurs. Alors on avait taxé le régime de l’époque d’être un régime néocolonialiste c'est-à-dire qu’il voulait faire perdurer le système colonial par le biais de l’éducation. Alors on revendiquait cette malgachisation. La malgachisation, dans l’esprit des meneurs à l’époque, consistait à rejeter pratiquement le système français pour en inventer une autre qui serait plus adaptée et à la psychologie et à la mentalité Malgache, surtout un programme qui s’adapterait beaucoup plus aux besoins des nationaux plutôt que… de s’incruster dans un système qui ferait perdurer les privilèges des anciens coloniaux. Et c’est ainsi qu’en 1972, nous avions un mouvement de jeunes, sur cette place, qui est appelée maintenant, « Place du 13 Mai », à cause des jeunes qui ont été tué à l’époque sur cette place là. A cette époque là, c’était la garde présidentielle qui avait tiré sur la foule et qui avait fait 6 ou 7 morts sur cette place, appelée actuellement « Place du 13 Mai ». […] Il faut dire que l’on avait toujours… présent à l’esprit… que malgré le changement et l’effort de décolonisation, on avait toujours présent à l’esprit les massacres de 1947-48, en ce qui concerne le nationalisme malgache et toujours rappelé… aux souvenirs des Malgaches qu’il y avait des massacres tout à fait « inhumains » en 1947-48 perpétrés par les colonialistes français, (soupirs) dans le pays (soupirs) et qu’il ne faudrait « jamais » oublier ! […] La génération d’après est beaucoup plus virée vers ce qui est simplement, le plaisir, etc. La notion de modernisme dans cet esprit des jeunes, c’est simplement d’imiter ce que font les jeunes français, les jeunes américains, les jeunes… et on comprend que c’est ça le « progrès » alors que c’est tout à fait faux, en ce qui concerne la notion de progrès et la notion de bonheur dans le pays donné. […] Il y avait un mouvement simplement de banditisme et de brigandage qui s’était développé dans le pays. […] Si les autres dates ne viennent pas au souvenir tout de suite… c’est parce que c’est seulement le 13 mai 1972 qu’il y avait véritablement un commencement de l’expression de la lutte populaire par le mouvement de rue. Tandis que par la suite, on avait copié sur le 13 mai 1972, soit pour intensifier encore, soit pour refaire ce qui s’est fait avant, etc. Mais, c’était ça… ça marquait un changement dans l’Histoire. On refusait les résultats des votes qui étaient organisés auparavant, c'est-à-dire il y avait quand même déjà pendant 12 ans, entre 1960 et 1972, il y avait toujours… il y avait beaucoup d’élections qui étaient faites. Et les élections avaient divisé tellement les Malgaches, là… c’est « diviser pour mieux régner » et alors… la date du 13 mai, c’est un peu une manifestation de la… l’unification des mouvements de revendication pour que ça devienne quelque chose… qui puisse aboutir véritablement à un changement. »[2]

 

Cet illustre personnage politico-religieux dont la diplomatie n’a pas d’égal, laisse une trace historique indélébile dans la mémoire collective du peuple. Plus encore, dans notre mémoire s’inscrit ce don historicomémoriel, où chaque relecture de notre thèse nous rappellera à toujours, ses vœux et bénédictions en fin d’entretien : « Prenez courage, vous en aurez besoin… en France. Que Dieu vous bénisse et puissiez-vous porter haut le flambeau des jeunes Malagasy à l’étranger, à travers vos études et recherches. Garder toujours la foi, votre sincère patriotisme… portez hauts les valeurs de la nation Malagasy et revenez-nous vite. La nation à besoin d’une personne comme vous ! ».

 

Certes, une figure emblématique de la diplomatie malagasy à Madagasikara disparaît, mais sa mémoire demeure.

 

Nos vifs remerciements à cet ami, et nos sincères condoléances à la famille.

 

Shatia ANDRIAMANAMPISOA,

Remerciements et condoléances, 20/05/2013.



[1] Sans aucune modification, pour laisser le verbe à son auteur et faciliter l’Analyse Morphogestuelle (AMG) que nous développons dans notre thèse.

[2] ANDRIAMANAMPISOA S., Socio-anthropologie d’un lieu de mémoire. La « Place du 13 mai 1972 » à Antananarivo-Madagasikara (Madagascar), Thèse confidentielle, UFC Besançon, nov.2012.

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