Le terrain et son interprétation. Enquêtes, compte rendus, interprétations

COMPTE RENDU DE LECTURE
Avant-propos de F. FARRUGIA


PLAN

I. Recherches sur l’auteur

I. 1. Les principaux moments de sa biographie

I. 2. Situation de son œuvre

I. 3. Les principaux ouvrages de l’auteur

     I. 3. 1. Les livres

I. 3. 2. Les articles

II. Lecture analytique

     II. 1. Les questionnements principaux et leurs réponses (ou pistes)

     II. 2. Compréhension des principaux concepts développés

    II. 3. Les références aux auteurs

III. Critique


I. Recherches sur l’auteur 

I. 1. Les principaux moments de sa biographie

               Professeur de sociologie et anthropologie à l’Université de Franche-Comté, interprète de Rousseau, de Halbwachs, de Gurvitch et de Marcuse, Francis Farrugia poursuit ses recherches épistémologiques et historiques en sociologie de la connaissance et de la culture sur la genèse, la mémoire et la valeur des catégories sociologiques, ainsi qu’en sociologie politique, de l’éthique et de la vie morale. Ses recherches portent sur la construction de l’humain dans la société occidentale, particulièrement sur le lien social, la démocratie et le pacte social.

Il est responsable du groupe de recherche (RTF 10-AFS) « Sociologie de la connaissance, épistémologie, histoire de la sociologie » dans l’Association Française de Sociologie, ainsi que du Comité de Recherche International (CR14-AISLF) « Sociologie de la connaissance » dans l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française.


Il dirige la série « Sociologie de la connaissance » aux éditions L’Harmattan.


Francis Farrugia, est Professeur des Universités. Il est diplômé d’Etudes Approfondies de l’université de Paris XII en Tradition de la pensée classique : philosophie, théologie, science et linguistique. Docteur en sociologie et anthropologie de l’Université de Franche-Comté, il est titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches de l’Université de Paris V - Sorbonne.

 

I. 2. Situation de son oeuvre

 

L’ouvrage Le terrain et son interprétation, relate des divers usages du concept d’interprétation  dans deux domaines distincts et complémentaires, celui des formes esthétiques et textuelles et celui des communautés et des professions en socio-anthropologie. La connaissance multidimensionnelle est traitée, tantôt comme un objet, tantôt comme un sujet, ou encore comme un instrument, où chacun se voit être corrélé aux différents constituants des conditions empiriques de possibilité, tels que : les cadres sociaux, les politiques et les institutions.

Avant d’entamer sa réflexion et son œuvre, Francis Farrugia commence cet avant-propos par une citation concise et explicite de la démarche réflexive sur la théorie critique et perspectiviste de la connaissance chez Nietzsche. En effet, le titre et le sous-titre de cette partie s’intitule « La connaissance comme interprétation. Pour une sociologie critique et perspectiviste de la connaissance ». Francis Farrugia pose ce texte comme inaugural d’une position épistémologique critique et déconstructiviste, au regard du savoir établit de l’établissement scientifique, tout autant que la connaissance ordinaire, et de la connaissance morale.


Cet ouvrage fait suite à un colloque pluridisciplinaire international De l’interprétation, qui s’est tenu à Besançon  les 15 et 16 mai 2003 et coorganisé par le LASA-UFC et le Comité de Recherche 14 (Sociologie de la connaissance) de l’AISLF. Et qui a été élaboré après la production d’un livre collectif, publié en 2002 sous le titre de La connaissance sociologique.  

 

I. 3. Les principaux ouvrages de l’auteur

 

I. 3. 1. Les livres 

 

- La crise du lien social : essai de sociologie critique, L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, Paris, 1993. 

- Archéologie du pacte social : des fondements éthiques et sociopolitiques de la société moderne, L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, Paris, 1994.  

- La reconstruction de la sociologie française (1945-1965). Préface de Pierre Ansart, L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, Paris, 2000. 

  - La connaissance sociologique. Contribution à la sociologie de la connaissance (éd.), L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, Paris, 2002. 

  - La construction de l’homme social : essai sur la démocratie disciplinaire, Syllepse, coll. Explorations et découvertes en terres humaines, Paris, 2005. 

  - Le terrain et son interprétation : enquêtes, compte rendus, interprétations (éd.), L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, Paris, 2006. 

  - L’interprétation sociologique : les auteurs, les théories, les débats (éd.), L’Harmattan, coll. Logiques Sociales, série Sociologie de la connaissances, Paris, 2006.  

           I. 3. 2. Les articles

 - « Suicide : un pari pour la mort. Syndrome d’Achille et mort volontaire », in Suicides. D’une violence, l’autre. Psychiatries n°126-127, revue de recherche et d’échanges publiée par l’association française des psychiatres d’exercice privé, 1999. 

  - « Une brève histoire des temps sociaux : Durkheim, Halbwachs, Gurvitch », in volume CVI des Cahiers Internationaux de Sociologie. Nouvelles évaluations, nouveaux programmes en sciences sociales, janvier-juin, 1999. 

  - « Ferdinand Tönnies. Communauté et société », in Psychologie sociale. Repères historiques et principaux concepts, sous la direction de M. Doraï, In Press éditions, 2002.  

- « Philosophie et sociologie. Reconstruction de la sociologie d’une reconstruction », in Philosophie et sociologie, Bastidiana, n°47-48, juillet-décembre 2004.  

- « Syndrome narratif et reconstruction du passé », in Historia, Anthropologia y Fuentes Orales. Entre fabula y memoria, n°32 spécial, sous la direction de Bruno Péquignot, 2004.  

- « Gurvitch et la question des cadres sociaux de la connaisssance », in Georges Gurvtich, Anamnèse, n°1, 2005.  

- « Le saut dans l’imaginaire comme construction de vérité. Contribution à une sociologie de la connaissance », in Passeports pour le vrai/le faux, sous la direction de Françoise Reumaux, éditions Kimé, 2005.


II. Lecture analytique 

II. 1. Les questionnements principaux et leurs réponses (ou pistes)

 

 Le questionnement premier des sociologues de la connaissance se rapporte, dans cette ouvrage, à l’élucidation de la vérité, sa légitimité et les procédures qu’elle adopte lors de sa justification. Il en est de même pour l’objectivité et l’authenticité des connaissances, qui sont des productions par transposition scientifique de la réalité et par son interprétation savante. Cette réflexion est confrontée à des processus de réification, d’idéologisation, de rationalisation, de méconnaissance, de reconstruction déformante, de falsification de la réalité, qui demandent à être compris comme un objet d’interprétation scientifique réfléchie.


La théorie de la connaissance fait appel ici à la philosophie, en faisant l’étude de la nature, des origines, des contenus, des moyens et des limites de la connaissance. Ces différents travaux complémentaires peuvent être consacrés à l’analyse de la connaissance, c’est-à-dire à la détermination de ses conditions jugées nécessaires et suffisantes. La question est donc de savoir, d’une part, comment mettre à jour les relations qui existent entre la connaissance, la croyance et la vérité ; et d’autre part, de pouvoir mettre en exergue les procédures de justification de ces relations.


Une question semble être primordiale, et est sans doute la compréhension de ce que l’on entend par « interprétation ». Son immédiateté d’apparition et ses discours l’inscrivent dans une réflexivité qui ne demande qu’à être soumise à la compréhension et à l’explication. Pour cette mise en évidence, l’auteur fait appel à l’effet dissolvant bénéfique de l’interprétation, la deutung chez Nietzsche.  

                Cette question est traitée dans la philosophie de Nietzsche, qui procède à une réévaluation radicale du concept, car elle en efface les limites et restrictions.  C’est un véritable fondement de l’activité de la volonté de puissance car cette expression est pléonastique. Cette volonté doit être explicitée pour ne pas s’embourber dans des mésinterprétations. Cette volonté de puissance ne correspond pas à une volonté de prendre le pouvoir ou d’en créer un nouveau en détruisant les valeurs traditionnelles, mais plutôt d’aller par-delà les valeurs. Ainsi, c’est une volonté vers la puissance, à l’instinct de liberté, à l’instinct de vie. Elle s’empare alors de lachose qu’elle re-élabore et qu’elle oriente vers le champ de la pratique. Dans ce sens, on peut parler de la radicalisation de l’interprétation.  

L’interprétation peut se définir chez Nietzsche comme étant une activité, une création, car il fait basculer le concept d’interprétation d’un champ d’effectivité exclusivement théorique à un champ d’effectivité « théorico-pratique ». Elle devient « action » dès lors qu’elle est productrice de signification et de valeurs.  


Une interrogation se situe dans la partie intitulée « L’écart herméneutique ». La question porte sur la théorie de la relativité des connaissances savantes. Le contenu des significations peut-il en totalité être réductible au contexte ?


 Il s’agit donc de faire un travail de dévoilement, où la création d’un nouveau sens, d’un sensd’en dessous reste possible. 


 Bergson disait qu’une certaine ignorance de soi est nécessaire pour agir. L’homme en tant qu’être vivant ne peut faire l’abstraction du fait que chaque situation d’expérience convoque de notre part une action juste et répond à un engagement concret de la conscience dans le monde. Dans la philosophie déconstructiviste, un texte n’a pas de sens en soi, car c’est au lecteur de le découvrir ou de le créer. L’essentiel réside dans les effets de sens que le texte produit en fonction du contexte de sa lecture et de son interprétation. C’est cette déconstruction du texte qui s’opère dans une décontextualisation continuelle, qui permet d’expliquer les effets de sens qu’il renferme. 


La connaissance est-elle vérité ? Doit-on comprendre et accepter que le sociologue de la connaissance devient idéologue ?


 Pour répondre à ces questions, l’auteur fait appel à Max Weber qui est à l’origine de cette injonction de neutralité, de cette distinction principielle entre « faits » et « valeurs ». C’est ce qu’il appelle la neutralité axiologique. L’attitude du chercheur qui n’émet pas de jugement de valeur dans son travail. Le chercheur doit être dénué de tous jugements normatifs lorsqu’il fait de ces valeurs son objet. Weber distingue le « jugement de valeur » du « rapport de valeur », car le rapport de valeur décrit l’action analytique que fait le chercheur. 


 On remarque donc que la hiérarchie établie entre les divers ordres de causalité n'est pas naturellement inscrite dans le réel, car elle ne peut que résulter de choix heuristiques.  


Mais la neutralité est-elle neutre ou évaluative ? Pour répondre à cette question et comprendre cette alternative, l’auteur fait appel à Mannheim. La distinction entre les « idéologies » et les « utopies » promet des directives favorables à la recherche en sociologie de la connaissance. Il semble important de se renseigner sur les glissements d’intérêts intellectuels et de relever les attentions relatifs aux changements dans divers aspects de la structure sociale.  

 

II. 2. Compréhension des principaux concepts développés

 

 Il semble important de noter l’apport de Apel, concernant la dimension émancipatoire de la connaissance, lors du Colloque pluridisciplinaire international. En effet, il préconise une réflexion ancrée dans une optique kantienne, où le point de vue transcendantale s’impose à la lecture de la connaissance du monde à la manière d’une double réflexion, sur les conditions de possibilité de cette connaissance et sur les conditions d’accès à l’expérience. Ce dualisme s’inscrit dans l’expérience communicationnelle.  


La représentation dans le processus de connaissance est un concept qui peut générer une nouvelle situation et de nouvelles pratiques d’enquête. Il peut être compris comme étant quelque chose qui est dans le contenu, qui déborde de l’énoncé et doit s’analyser, selon Mannheim. Cette phrase résume tout à fait ce que les Grecs pensaient à propos de ce qu’ils appelaient et que l’on appelle encore l’allegoria. Ce terme grec ne se rencontre qu'à partir de l'époque hellénistique dans le vocabulaire de la rhétorique pour désigner, du point de vue du créateur, une suite continue de métaphores qui rend accessible un concept abstrait à l'imagination de son lecteur ou, parfois, pour dissimuler sa pensée jusqu'à forger des « énigmes ». C’est en tout cas la version donnée par l’histoire de l’art à l’époque de l’Antiquité.  


L’analytique du sujet s’inscrit dans la réalité de la socio-anthropologie de la connaissance. Ce qui signifie que le sujet est compris, non comme une mise en avant de l’unité sociale (ou individu) au détriment du collectif (ou groupe, société), mais plutôt comme un moyen d’accéder aux réalités collectives. La présence d’Autrui permet de conserver une distance nécessaire entre le sujet et le monde qui l'entoure. Sans cette présence, la conscience devient confuse à cause de la fusion de l'objet et du sujet dans le rapport au monde. Le sujet devient alors un moyen de connaissance puisqu’il apporte une autre vision du monde, car tout individu a du mal à percevoir les phénomènes qui se situent au-delà de son monde.


 Descartes étant un fervent défenseur et créateur de la place unique du sujet dans un monde, ne nous empêche pas de passer par l'autre ou à autre chose que lui pour parvenir à ses fins. Autrui apparaît comme une structure qui, seul, permet au nourrisson de se former, de se constituer en tant que sujet conscient. Le sujet « Autrui » devient donc le véhicule du savoir.  


En effet, l’auteur nous dit que le sujet ordinaire, porteur du savoir est le véhicule et le lieu d’énonciations de significations et d’intérêts qui le dépassent et l’enveloppent à son insu. Ce qui veut dire que l’individu a ses propres connaissances qu’il transporte en fonction de sa compréhension et sa définition de la situation, de son vécu. Son analyse personnel est sans doute influencé par des effets externes qui l’influencent, de manière inconsciente (on pense que ça va de soi).  


Dans la partie « flux cognitif et subjectivation sociale », l’auteur nous apprend que le sujet-individuel ne produit pas des connaissances, mais plutôt des connaissances-expériences, des connaissances-évènements, ce que l’on pourrait nommer les flux cognitifs, qui produisent les sujets et de l’humanité. Si l’on peut interpréter les expériences comme étant des pratiques que les détenteurs n’ont pas entièrement conscience (sujets contextualisés), alors on peut dire qu’ils sont liés à une expérience et à certaines formes d’action (détachable pour les besoins de l’analyse). On peut conclure qu’il n’y a pas production de savoirs sans pratique.  

 

 

II. 3. Les références aux auteurs

 

 

 Dans cet avant-propos, l’auteur commence par une citation de Nietzsche qui pose de suite les conditions de l’acquisition de cette compréhension du savoir, des connaissances. Les premières réflexions de cette partie, s’attèlent particulièrement à l’explicitation du concept d’interprétation et prennent leurs inspirations dans ces quelques lignes nietzschéens. 


L’auteur fait référence, à plusieurs reprises, aux concepts de Mannheim, qu’il use à volonté pour affiner, modifier, voire contredire les dires d’autres auteurs sur des thèmes précis, développés dans cette partie. Comme par exemple, lorsqu’il parle de la connaissance empirique, de l’interprétation cognitive juste ou de la connaissance rationnelle 


L’auteur fait aussi appel à Gurvitch, lorsqu’il s’agit de faire un analyse philosophique des faits sociaux et de comprendre la nature de la neutralité.  


De même, il fait appel à Schopenhauer pour comprendre la conquête de la dimension représentative du XIXème  siècle.  


III. Critique 

La seule critique que nous pouvons faire concernant cet avant-propos, est que l’auteur nous a montré différentes manières de comprendre ce qu’est l’interprétation, mais sans nous donner des pistes sur les éventuels limites de ce concept.


 Ces limites peuvent-t-ils être de l’ordre de la surinterprétation ? Y a-t-il une limite à la connaissance ? La réalité complexe et changeante, peut-elle avoir une influence néfaste sur notre façon d’acquérir des connaissances ?


 Cependant, cette critique n’en est pas vraiment une car n’ayant lu que quelques séquences de l’ouvrage Le terrain et son interprétation, nous ne pouvons pas tenir compte de cette affirmation à l’heure actuelle.


ANDRIAMANAMPISOA  Shatia

 

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