Les raisons de l'abandon précoce des études universitaires

Introduction

 Réussir la Licence 1 de Sociologie est sans doute l’une des principales étapes de tout étudiant de première année. Si chacun cherche à réussir, tous n’y arriveront pas. Dans ce contexte, il peut s’avérer intéressant de se demander quels sont les facteurs qui peuvent augmenter les chances de réussite ou les raisons de l’abandon chez les étudiants. Par ailleurs, si comprendre comment augmenter ses chances est nécessaire, il paraît encore plus important de comprendre que tous les étudiants n’ont pas les mêmes aptitudes (bagages scolaires et acquis intellectuels). Il sera en effet plus dur d’étudier et de réussir si le contexte socio-économique dont on provient est moins favorable.

Ce travail se scindera en cinq grandes parties qui seront étudiées et décortiquées. Nous aurons une partie « méthodologie de l’étude » qui nous permettra de mettre en exergue le sujet à traiter et d’aborder dès le départ, la présentation de notre sujet, son cadre problématique et l’intérêt de notre recherche. Puis, nous nous concentrerons sur l’état de la question pour la compréhension du problème, du phénomène. Nous y présenterons l’influence de la technique de la carte mentale sur la réussite scolaire, l’influence de la prise d’autonomie de ces jeunes adultes et quelques ouvrages clés qui nous permettront d’avoir un cadrage théorique sur notre sujet. Ensuite, nous présenterons l’axe de recherche ainsi que nos hypothèses de travail en y incluant notre problématique et nos démarches explicatives concernant nos variables principales. Avant de terminer notre travail, nous nous attarderons à l’élaboration et la mise en place de notre pré-enquête qui se scindera en deux grandes parties. La première contiendra toute notre méthodologie et la deuxième partie nous permettra de présenter notre questionnaire. Pour finir, nous expliciterons notre canevas thématique tout en mettant en exergue le cadrage de nos thèmes, de notre enquête de terrain et nos questions principales.

I. Méthodologie de l’étude

I. 1. Présentation du sujet

 Cette recherche vise à une meilleure compréhension des conditions et des modes de vie des étudiants entrant à l’université pour la première fois, ce sont donc les néo-bacheliers. Nous focaliserons notre étude sur leurs pratiques à la fois culturelles, sociales, économiques et spatiales, pour pouvoir mettre en exergue leurs rapports aux études. A cette occasion, nous espérons extirper les causes de ces abandons dès cette première année universitaire. La sociologie de l’éducation ne peut se réduire à une sociologie des étudiants ou des enseignants, elle doit aussi être une sociologie des contenus d’enseignement[1]. Ces derniers constituent un enjeu social capital car on s’intéresse à tout ce qui relève des programmes ainsi que les finalités poursuivies par les étudiants.

 Etre étudiant et se sentir libre de vivre pleinement cette période marquante de sa vie, voilà un des grands défis de ces apprentis « adultes » au sortir de l’enseignement secondaire, du lycée. Les étudiants sont des individus en constante quête d’émancipation et de recherche d’autonomie, d’indépendance. Leur entrée dans ce nouvel environnement, l’université, reste une période difficile pour la famille de l’étudiant ou dans certains cas, pour l’étudiant lui-même. Cette entrée dans le monde des adultes combinée à l’inscription dans une université demeure un enjeu de conflits intergénérationnels. Cette rupture causée par le départ du « foyer familial » et l’acquisition d’un autre logement (en Cité ou résidence universitaire, ou en logement indépendant) peuvent causer une certaine forme de traumatisme chez l’étudiant et ses parents « protecteurs ». La réussite universitaire devient une illusion pour certains jeunes qui intègrent, volontairement ou non, des pratiques à tendances violentes et délinquantes.

 Les conséquences qui découlent de ces dérives juvéniles peuvent se répercuter sur l’orientation future de la vie d’un jeune adulte responsable. J. VIDEAU estime que « dans ces conditions, l’orientation n’est pas toujours le résultat d’un processus rationnel : les hésitations sont nombreuses et la première année universitaire fait souvent fonction d’année d’orientation ou de réorientation. Il n’est alors pas étonnant de constater, au niveau des établissements des taux d’abandons ou d’évaporation importants, sans qu’ils soient pour autant assimilables à un échec pur et simple »[2]

Précisons ici que ce phénomène « d’abandon massif des étudiants au stade initial de la formation supérieure »[3] est considéré comme une « évaporation » des étudiants  pour M. COLDEFY, N. DROULEZ.

 En effet, ce premier pas dans la vie adulte est une porte fondamentale, un cap important à traverser pour espérer acquérir des connaissances et des diplômes adéquats pour une première entrée dans le monde du travail et de la concurrence que nous imposent nos sociétés actuelles. Ces derniers nous contraignent à entrer dans un moule, nous formatant à sa façon pour pouvoir accéder à quelques uns de ses « postes-clés ». Cependant, la plupart du temps, les néo-bacheliers ne réussissent pas à franchir ce fossé Lycée-Université. On remarque que leurs « ambitions » s’estompent au profit d’une recherche d’autres champs d’intérêts comme l’emploi ou bien l’inscription dans d’autres filières universitaires ou écoles privées, spécialisées.

 Associée à une période importante de la formation de l’adulte en devenir, cette partie de sa vie représente « un processus d’individualisation qui ne consiste pas seulement à valoriser le droit de l’individu par rapport à l’autorité familiale ou professionnelle, mais aussi, il libère la possibilité d’exprimer l’individualité par elle-même dans ses tendances corporelles, affectives, intellectuelles ou sociales, dans un temps social conquis à cet effet »[4]. Pour J. DUMAZEDIER, il est important de distinguer l’interaction de l’ensemble des temps sociaux et des temps libres. Dans ce contexte, il essaye de conserver dans l’environnement actuel la sociologie des temps sociaux, poursuivre le chemin déjà tout tracé de GURWITCH, HALBWACHS et HUBERT[5]. C’est en partant d’une analyse systémique des temps sociaux que l’on peut voir que le temps actuel s’est allongé et est devenu plus attractif pour une majorité de la population.

 Sans vouloir axer notre recherche sur l’autonomie, l’indépendance et l’émancipation des jeunes étudiants, il nous semble tout de même important de montrer la nuance qui existe entre la  « notion d’autonomie » et celle de « l’émancipation », souvent amalgamées. L’autonomie est une capacité à se donner à soi-même sa propre loi, alors que l’indépendance ou émancipation n’est qu’une détention des ressources propres, permettant de ne pas être sous la tutelle des autres[6]. En d’autres termes, le jeune autonome ne peut subvenir seul à ses besoins tandis qu’un jeune indépendant aura tendance à se détacher plus ou moins rapidement de la prise en charge familiale. Ainsi, la vie d’un étudiant est à voir sous l’angle d’un jeune adulte cherchant à acquérir son autonomie et s’affirmer en tant qu’individu en cours d’émancipation, dès lors qu’il entame l’université. En conséquence, il ne peut consacrer sa vie aux études mais privilégiera les contacts fréquents avec son environnement hors université. Il est considéré comme étant un étudiant « partiellement voué » à ses études.

 Partant du fait que la vie lycéenne est la base de la personnalité future de l’adulte, l’entrée dans la vie universitaire dépendra en majeure partie de cette étape importante de sa scolarisation. Son inscription dans une université précise est souvent le prolongement de la filière choisie dans l’enseignement secondaire. Par exemple, un élève ayant réussi son baccalauréat « Économique et Sociale », option « Économie » aura pour champ de vision, deux voies universitaires : la première en Faculté d’Économie et droit, la deuxième en Faculté de Lettres et des Sciences Humaines et Sociales, se spécialisant plus pour la Sociologie que l’Ethnologie si ces deux filières coexistent dans un même Département comme à l’Université de Nice - Sophia Antipolis.

 Partant de ce constat, nous pouvons dire que l’élève devenu « étudiant » a toutes les capacités, le « bagage » scolaire pour réussir sa première année d’université. Or, il n’en est rien. Le nombre d’échecs en première année d’université n’est pas négligeable pour ces étudiants. La question est de savoir comment le néo-bachelier s’affranchi de cette période d’adaptation, entre le lycée et l’université, en réussissant sa première année universitaire. Dans le cas contraire, cette étape marque une  « fracture scolaire » où le passage du secondaire au supérieur est à l’origine des échecs massifs constatés dans le premier cycle.

 Dans ce travail, nous réfléchirons sur le fait que l’étudiant n’est pas totalement engagé dans ses études. Cette idée va à l’encontre d’un stéréotype définissant l’étudiant comme étant complètement voué à ses études. A partir de cette vision, nous affinerons notre recherche sur un aspect encore méconnu de l’étudiant qui a une double vie. Cela nous permettra de mettre en évidence les autres dimensions de l’échec ou les motifs d’abandon des études universitaires.

 Nous ne traiterons pas ici de tous les étudiants de première année d’université car, comme nous le savons bien, l’échantillon pris dans une généralité peut contenir des individus ayant des caractéristiques autres que celles souhaitées pour l’analyse et la vérification de nos hypothèses principales. Notre base de données risquerait d’être faussée par ces derniers, qui sont « hors champ ». Les travailleurs, par exemple, sont bien ancrés dans le monde des adultes et s’inscrivent en première année d’université pour approfondir leurs connaissances du terrain, pour valoriser ou améliorer leurs statuts actuels (professionnels ou non), pour découvrir de nouvelles sensations « être de nouveau étudiant », pour réaliser leurs rêves de jeunesse autrefois contrariés par l’entrée prématurée dans le monde du travail et de la concurrence. Bref, les raisons sont multiples et chaque néo-bachelier aura sa propre interprétation du phénomène.

 Nous devons différencier l’échec de l’abandon car ces deux termes sont similaires au premier abord et tendent à porter à confusion. Souvent, nous sommes amenés à les utiliser, l’un comme l’autre, dans nos entretiens, nos pré-enquêtes et enquêtes de terrains, et nous les retrouvons aussi dans les analyses sociologiques, sans pour autant réussir à les définir clairement et donc à les discerner. Notre premier travail est de les différencier afin de ne pas les confondre et de pouvoir les utiliser à bon escient dans notre démarche sociologique, concernant la compréhension de ce phénomène qu’est « l’abandon estudiantin en première année ». Pour tout travail sociologique, il est impératif de donner des définitions sociologiques sur le thème d’étude. Or, pour y parvenir, il faudra comprendre le contexte, l’environnement où doit se dérouler l’action. Nous n’omettrons aucune piste pour ne pas négliger certains détails qui pourraient nous aider à la compréhension du problème.

 L’abandon est, le fait de quitter,  de cesser d’occuper ou tout simplement de renoncer volontairement à poursuivre un but initialement établit. Il est perçu comme un accroissement des cas d’échecs qui mènent à l’abandon. L’échec est « un manque de réussite » ou tout simplement, de « l’insuccès ». Cela suppose un abandon total des entreprises personnelles, n’offrant à l’individu aucune voie de secours qui pourrait palier ce problème. C’est un empêchement à la réussite.

 Par ces définitions, nous voyons deux pôles de compréhension de l’abandon. Le premier point de vue est psychologique et sous tend que l’échec est le résultat du fait que les étudiants ne font pas l’effort de se présenter aux examens. La deuxième perception, administrative, montre que l’échec est considéré comme un abandon lorsque l’étudiant est absentéiste ou présente tous les signes d’un manque de niveau ou lacunes par rapport aux autres étudiants. Dans ce cas, la perte d’un étudiant s’inscrit, dans le calcul du taux de réussite de l’université, comme étant un échec. Ainsi, la raison de cet échec serait un milieu social défavorisé si l’on ne regarde que les étudiants ayant un Baccalauréat Professionnel.

 Il découle de ce que nous venons de présenter, que l’un des enjeux de ce travail sera d’aboutir à une meilleure compréhension de cette étape primordiale dans la vie de ces « jeunes adultes »[7], combinant autonomie et indépendance émancipatrice ayant des effets sur leurs pratiques et stratégies de réussite du cursus universitaire. En d’autres termes, nous tentons de voir quelles sont les causes de l’abandon du cursus universitaire des étudiants de premier cycle. Ainsi, en gardant à l’esprit que nous sommes nous même passés par cette phase, non sans mal, nous pouvons nous pencher plus facilement sur ce phénomène d’abandon des études universitaires qui s’abat chaque année sur ces jeunes étudiants fraîchement arrivés en première année d’université. Pour bien comprendre et appréhender sociologiquement ce problème, nous nous attarderons dans cette étude sur les raisons qui poussent ces derniers à abandonner leurs études.

 Au vu de cette présentation du sujet que nous avons à traiter, notre tâche est de mettre en place son cadre problématique qui inclura l’intérêt de notre recherche.

I. 2. Cadre de la problématique 

 

 Ce chapitre est consacré à la définition du cadre problématique de notre sujet de travail et sa pertinence sociologique.

 Le seul fait de se focaliser sur les étudiants déclenche la continuelle question sociologique : les étudiants constituent-ils une catégorie en soi, un objet de recherche distinct ? On le sait bien, les étudiants comme les lycéens constituent un ensemble hétérogène réunissant des individus aux ressources culturelles, sociales et financières différentes. Notre but n’est pas d’argumenter autour de la pertinence d’une catégorisation qui isole les étudiants, en les postulants comme une catégorie en soi. Il faudra donc s’intéresser aux attitudes, aux comportements, aux idées, aux stratégies d’autonomisation et d’indépendance influençant directement ou non l’abandon ou l’échec des premiers pas universitaires estudiantins.

 Ainsi, nous nous intéresserons aux étudiants de première année d’université qui vivent cette période de transition entre les années lycées et l’année de faculté. Cette phase transitoire est particulièrement difficile, car le problème étant que la série au Baccalauréat devrait correspondre aux études universitaires envisagées. En effet,  le temps d’adaptation au travail universitaire demande beaucoup plus de rigueur, au niveau du travail personnel (autonomie), et d’aptitude à gérer ces nouvelles demandes, différentes de que celui qui lui a été demandé au lycée. Notons par ailleurs que les lycéens n’ont pas eu de formation adéquate, pendant leurs années d’études secondaires, pour combler les attentes des universités.

 De ce fait, nous sommes en droit de nous demander si les raisons probables de l’abandon, dans cette étape de vie, ne serait pas une remise en question du système universitaire, dès lors que l’on parle de gestion de son emploi du temps et des modes personnelles de compréhension et de prises de notes des cours. Ces derniers requièrent  des capacités individuelles et une certaine forme de responsabilité quant à la réussite ou non de sa première année universitaire.

 Pourtant, il ne faudrait pas oublier les efforts que l’université fournie pour tout un chacun à palier les manques et les défaillances personnelles en créant des cellules de réorientation, par exemple, pour les étudiants qui s’aperçoivent qu’ils se sont engagés dans la « mauvaise » voie. Dans ce dernier cas, nous ne pouvons parler d’échec au sens premier, mais plutôt d’abandon d’une filière vers une autre plus abordable en termes de réussite. Partant de ce constat, nous pouvons nous demander quand l’abandon prend son aspect « négatif » dans le sens où la question serait la suivante : « Pour qui l’abandon constitue-t-il vraiment un problème ? », la réponse diffère alors selon son appartenance (institution ou étudiant).

 Il en découle donc une question essentielle : « Les étudiants abandonnent-ils leurs études pour les diverses raisons qu’avancent les universités (échecs aux examens) ou, au contraire, pour des causes plus personnelles comme les problèmes familiaux, sociaux, économiques voire  psychologiques ? ». Sachant qu’au départ, l’université a sa propre logique d’action et de fonctionnement, elle part du présupposé de perfection. Il est donc normal que les étudiants la quittent tout en étant conforme à cette logique. Cela revient à dire que les départs se font par tranche cyclique où chaque fin de cycle est sanctionnée par un diplôme. A l’opposé, l’étudiant non conforme avec cette logique subit ce qu’on appelle « l’abandon ».

 Or, pour vraiment aborder sociologiquement cet abandon, nous ne pouvons nous restreindre à cette dichotomie car cette notion d’abandon demeure très complexe, nécessitant à nos yeux, un approfondissement sur son sens profond. En effet, l’université à une multitude de finalités telles que la recherche, la formation, l’expertise et bien d’autres encore ; de par son fonctionnement, elle ne pourrait ne percevoir qu’un seul but chez l’étudiant : la réussite de ses études. Mais il n’en est rien dans la réalité. Un individu qui étudie ne fait pas que ça !

 L’étudiant a d’autres pôles d’intérêts et donc d’autres zones de conflits pouvant avoir une influence, directe ou indirecte, sur la réussite ou bien l’échec de son cursus estudiantin. Il s’agit de la sphère familiale, sentimentale, financière, ainsi que l’ensemble de ses hobbies[8].   En d’autres termes, ce sont les modes de vies, les conditions de vie et les fréquentations (amis, couples) qui tiennent une place prépondérante, influençant à cet effet la réussite ou non de son cursus universitaire. L’étudiant doit donc exceller dans la gestion de ses appartenances socioculturelles et de ses pratiques, souvent considérées et déterminées comme « juvéniles » et qui pourtant lui apporteront les expériences nécessaires pour entrer sans trop de mal dans le « monde adulte ». Il lui faudra donc harmoniser ces comportements avec ses stratégies pour réussir ses études et de prendre son indépendance.

 On constate un fort taux d’échec en première année du premier cycle universitaire. On peut noter qu’en 2001-2000, l’hétérogénéité des filières du secondaire provoque un taux de redoublement de 71.8% en première année de médecine par exemple. Bien que les raisons de l’abandon en première année d’université soient multiples, peu d’auteurs ont vraiment traité la question. Nous avons donc choisi, dans un premier temps, de faire un travail comparatif entre deux articles permettant d’avoir les premières précisions théoriques et les premiers enjeux du problème. Ces cadres théoriques et ces enjeux permettront par la suite un développement dans le cadre d’un projet plus ambitieux de mémoire. Puis dans un second temps, nous tenterons de synthétiser quelques idées d’auteurs ayant traité notre sujet par l’intermédiaire d’un thème plus global. Leurs ouvrages sont devenus, pour nous, des clés théoriques pour une meilleure compréhension des diverses points de vues sur l’abandon au premier cycle. Comme nous venons de le voire plus haut, cette partie se divise en deux, de manière à pouvoir mettre en évidence les différents apports théoriques et sociologiques qui nous permettrons d’avancer dans notre travail.

 Nous avons décidé de choisir deux articles, notre premier article porte sur une méthode cognitive montrant les stratégies d’utilisation de l’espace par les étudiants, en fonction de leurs caractères psychosociales et de leurs représentations symboliques[9]. Notre second article porte sur les manières de se construire comme « jeune adulte »[10]. La lecture de ces deux articles permet de mettre à jour un certain nombre d’interrogation :

L’étudiant peut-il concilier études et émancipation (sociale et financière) ?

Quels sont les effets de cette prise d’autonomie sur la poursuite des études ?

Quelles sont les pratiques qui pousseraient l’étudiant à abandonner ses études ?

L’accès au monde des adultes implique-t-il forcément l’échec universitaire ?

 Ces différentes interrogations supposent l’existence d’un lien entre la réussite scolaire en première année et le besoin d’autonomie de l’étudiant. La problématique consiste donc à voir dans quelle mesure les pratiques estudiantines et la recherche d’autonomie peuvent influencer la réussite scolaire lors de la première année d’études.

 Cette problématique amène à présenter la méthode de la « carte mentale », afin d’expliquer les pratiques estudiantines et les conséquences qui en découlent, principalement sur la réussite ou non de leurs études universitaires. Cette présentation faite, il sera alors possible d’analyser les diverses modes d’appropriation ou de désappropriation spatiale affectant la prise d’autonomie de l’étudiant. Ce dernier point nous permettra de voir comment ces procédés altèrent la vie des étudiants dans leurs rapports aux études.

 Avant de présenter l’axe de recherche que nous avons choisi pour ce travail, il nous faut maintenant faire le tour des travaux qui ont été effectué sur la question des raisons possibles d’échecs, d’abandons précoces en première année d’université.

 Pour commencer, nous présenterons le sujet de notre travail et sa pertinence sociologique. Puis, nous ferons un tour d’horizon de l’état des recherches sur la question. Il sera ensuite nécessaire de définir l’objet de cette étude. Par ailleurs, nous présenterons l’axe de la recherche que nous avons choisi. Et pour finir, nous reformulerons nos hypothèses et nous montrerons le(s) fil(s) conducteur(s) de notre travail de recherche sociologique.

II. Etat de la question

 Bien que la littérature concernant la jeunesse soit foisonnante, il nous est apparu que peu d’auteurs ont traité directement notre sujet tel qu’il est présenté, posé. Nous avons donc choisi deux ouvrages-clés comme cadre théorique à notre recherche. Les autres ouvrages cités dans cette partie ne sont que secondaire mais ont leurs importances car chacun a une fonction complémentaire, venant combler ou expliquer les diverses notions qui jalonnent notre travail de recherche.

II. 1.  L’influence de la technique de la carte mentale sur la réussite scolaire

 La méthode dite de « cartographie cognitive », exposée dans l’article de Marie-Line FELONNEAU, permet de dévoiler de nouveaux territoires assignés aux seules pratiques estudiantines, alliés à des styles d’appropriations mentales ou géographiques. Cette méthode permet de voir les divers emplois des lieux d’usages, en y incluant les différentes variables discriminatives de sa constitution dans la mémoire des étudiants. Elle permet également de comprendre les procédés et processus que ces derniers mettent en œuvre pour élaborer et s’approprier leur environnement et le délimiter (ville-campus).

II. 1. 1. Transactions mémorielles et symboliques des lieux de vie

 Le terme carte mentale désigne « un processus cognitif par lequel les individus organisent et composent le monde qui les entoure en codant, stockant, mémorisant et décodant les informations relatives aux caractéristiques d’un environnement. La carte cognitive est le produit de ce processus »[11].

 La « cartographie cognitive » présente donc une typologie d’actions stratégiques adoptées par les étudiants, selon leur appartenance groupale, pour s’approprier leur environnement.

L’analyse des étudiants et de la ville implique deux dimensions : population étudiante et espace de vie. Il s’agit donc ici de déterminer dans quelle mesure le rapport entre l’étudiant et son environnement physique, tel que défini par THOMAS et ZNANIECKI. L’intérêt de cette recherche est de déterminer les modalités d’appropriation spatiale et le mode d’intégration ainsi que la compréhension de cette délimitation, de la notion de territorialité, confinée dans les variations psychologiques estudiantines.

 L’hypothèse principale tend à comprendre le rapport à la ville comme étant primordial à la définition de l’identité et l’affirmation d’une expérience étudiante.

Notons par exemple que le cycle a un effet sur la définition même du territoire car l’appropriation spatiale est un indicateur pertinent de l’affiliation. Cela revient tout simplement à dire que le degré de connaissance de la carte mentale dépend du niveau d’étude des étudiants. Cet effet de cycle tend à neutraliser l’influence d’autres variables comme l’origine géographique ou sociale. De même, il aspire peu à peu à faire infléchir l’effet de la filière.

II. 1. 2. Prise d’autonomie et relations spatiales

 Selon DUBET dans son article, « l’autonomie sera appréhendée comme une expérience vécue par les étudiants », comprise ici à la manière de CICCHELLI, comme étant un « processus de différenciation à l’égard de sa famille d’origine ».

 L’autonomie d’un individu, d’un étudiant se subdivise donc en deux pôles aux limites floues. Le premier pôle possède une dimension à la fois synchronique et subjectiviste. La prise d’autonomie de l’étudiant se mesure à l’aune de son attitude « face à l’étirement de la socialisation familiale », démontrée par des exemples concrets, tel que le « régime de prise en charge » des parents. Ces derniers tiennent un rôle important dans l’éducation du jeune adulte car ils visent a les aiguiller, naturellement et si possible sans désagréments, vers l’accès au monde professionnel, celui des « adultes accomplis ». La phase universitaire, phase de transition, permet d’asseoir une certaine maturité chez l’étudiant tout en réaffirmant ses prises de responsabilité.

 Le second pôle est constitué par une « acceptation diachronique et objectivante de l’autonomie », ce qui signifie, une accession à l’indépendance grâce à un retrait graduel du contrôle parental de l’existence même du jeune étudiant. Ce dernier subit alors des effets d’âge et des effets de cycle, qui l’amènent à s’affranchir progressivement de la tutelle de ses parents. C’est au cours de ses études qu’il s’infiltre dans un processus d’autonomisation, d’acquisition graduelle des rôles et des conduites considérées comme « adultes ». Ainsi, ces occasions deviennent des « évènements-clés », repérés comme étant des étapes cruciales à la naissance de nouveaux comportements affectés à un nouveau monde. Ce sont des seuils caractéristiques de l’émancipation familiale.

 En général, il s’agit d’une installation dans un logement indépendant, l’expérience de la vie en couple (surtout pour les filles) et l’entrée dans la vie active (un travail rémunéré, souvent à temps partiel). Ces étapes de transition, orientent sensiblement la vie future du jeune adulte. Ce sont des éléments importants à prendre en considération dans la construction de l’autonomie de l’étudiant.

 Cette première idée sous-tend deux trajectoires principales pour la compréhension du problème de la prise d’autonomie de l’étudiant. La première perspective nous permet de voir les conditions d’autonomisation des étudiants (dépendances familiales et place du jeune comme « adulte » et non plus comme « adolescent ») et leur influence sur la réussite scolaire. La deuxième vision concerne l’affaiblissement de l’emprise familiale dans le temps (autonomie résidentielle et financière progressive de l’étudiant) et sa conséquence en termes de réussite scolaire en première année.

Cf. suite (2)

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